Le retrait d'antennes Orange des lycées caennais
Selon des informations recueillies auprès de personnels de l'Éducation nationale, des antennes Orange auraient été retirées ces dernières années de plusieurs lycées caennais — dont le lycée Malherbe, situé non loin du quartier Saint-Ouen, et l'internat du lycée Laplace en 2019 — à la demande du Conseil régional, dans le cadre d'une politique de retrait des antennes-relais installées sur les bâtiments scolaires.
La politique municipale de non-implantation sur les bâtiments de la Ville
La mairie de Caen applique, sur ses propres bâtiments, une politique constante de non-implantation d'antennes-relais. Cette vigilance s'inscrit dans la continuité d'une charte locale signée dès 2002 entre la Ville et les opérateurs (Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR), révisée par délibérations en 2012 puis en 2015, et qui prévoit notamment un traitement particulier autour des établissements sensibles (crèches, écoles, lieux de soins).
Mais la portée de cette politique communale est structurellement limitée : la mairie peut décider ce qui se passe sur les bâtiments dont elle est propriétaire ; elle ne peut empêcher un opérateur de négocier directement avec un propriétaire privé ou un syndicat de copropriété, ni s'opposer à une déclaration préalable conforme aux règles d'urbanisme. Or la pression commerciale exercée par les opérateurs sur les copropriétés — qui se voient proposer des revenus locatifs significatifs en échange d'une autorisation d'implantation — rend cette politique de précaution difficile à généraliser au-delà du patrimoine municipal.
Le projet du 16 rue du Pont Créon est un exemple caractéristique : ce que la collectivité refuserait sur ses propres toits, elle se trouve incapable de l'empêcher sur l'immeuble privé d'en face — à 20 mètres d'une école accueillant des enfants de 3 à 11 ans.
Ce cas met en évidence l'impuissance partielle de la collectivité à faire appliquer un principe de précaution qu'elle revendique pourtant pour son propre patrimoine. Il pose, à notre sens, la question de savoir comment la cohérence d'une politique locale de protection des publics fragiles peut être préservée face à la stratégie de déploiement des opérateurs sur le foncier privé.
Une collectivité publique retire par précaution des antennes Orange installées sur des lycées caennais. La mairie de Caen refuse d'en installer sur ses propres bâtiments. Quelques années plus tard, le même opérateur propose d'installer dix antennes à 20 mètres d'une école maternelle et primaire — et le projet est autorisé.
La cohérence d'une telle séquence interroge. Si la précaution justifie le retrait d'antennes sur des établissements accueillant des adolescents, et leur non-implantation sur les bâtiments municipaux, pourquoi accepter leur implantation à quelques mètres d'enfants de 3 à 11 ans ?